Nous sommes à La Clédelle depuis presque un mois. Au départ, l'idée était d'être en vacances, mais on s'est rapidement senti un peu déboussolés. Rien foutre n'est décidement pas notre trip, enfin, nous verrons un peu plus loin que cet état de fait n'est pas là par hasard. C'est un caractère durement acquis.

Perce-neige fév 17

Je dis rien faire, mais ce n'est pas vraiment le bon mot. Nous avons fait plein de choses, mais nous les avons fait sans but, sans ligne directrice, ces choses n'appartenaient pas à une démarche. Nico nous avait laissé une liste de petites choses à faire. On en a fait la plupart, construction de toilettes sèches, confection de petits sacs en toile, repiquage ... Comme une tempète est aussi passé par ici la semaine dernière, nous avons fait un peu le ménage ; Fuite d'eau sur le toit, arbre tombé sur la propriété ! Avec les enfants on a patiné, fait une cabane de la mort

Cabane Fév 17

Cabane 1 Fév 17

Cabane 2 fév 17

Cabane 3 fév 17

Cabane 5 fév 17

...et des flèches polynésiennes, des tonnes de gateaux. Eux sont toujours à fond sur les serpents et autres bêtes bizarres. Ils ont capturé pleins de lézards, construit des terrariums et ont fait éclore des oeufs de grenouille :)

Terrariums les gars 2 Fév 17

Terrariums les gars Fév 17

Lézards 1 fév 17

Lézards Fév 17

Ne pas avoir d'inspiration nous a mis dans un état déplorable, alors le 21/02, on s'est mis en quête de notre prochain wwoof. Confiants et déterminés ! Ca nous a donné un bon ballon d'oxygène. Je croyais qu'Edwige en avait vraiment assez, je me suis dis qu'elle avait besoin d'un point fixe pour finir le séjour. Du coup, j'ai demandé à Nico et Marion si on pouvait rester chez eux jusqu'en juin. Mais le moral est si bien remonté quand on s'est vu en mouvement vers d'autres horizons qu'en fait ça aura été inutile. Edwige a envie de finir ce qu'elle a commencé, big up !)

Mais, nous trimballons un chien gravement névrosé. Je sais pas, il a du être abusé par son père quand il était jeune ou un truc du style, ou bien il a été le seul survivant d'un crash d'avion ...

Avant hier matin, au reveil, ledit chien avait litéralement mangé la moitié du montant de l'abri à bois que j'avais aidé Nico à monter avant l'hiver. Quelle misère ! Du sabotage en bon et dû forme, un vrai massacre ! Ca nous a instantanément refoutu le moral en vrac et je dois dire que tout à coup je me suis senti comme un boulet par chien interposé.

Action, réaction (à peu prêt le pire projet de vie), on s'est relevé et on a dissimulé le forfait :) Ce n'était pas un mince affaire et j'ai failli succomber à l'injonction intérieure me dictant de démonter entièrement l'abri. Il faut savoir qu'il fait genre 6*2*2.5m, avec des contreventements partout, au moins 250 tuiles sur le toit, des tiges d'aciers sortant de parpaings pour stabiliser la base et j'en passe ...

Pour finir, j'ai étayé, zappé le poteau, enlevé une rangée de tuiles et reconstruit le tout en partant du bas (le fameux fer à béton). Chirurgie réparatrice effectuée dans la journée. A certains moments, j'étais torse poil dehors, il faisait bien chaud et au bout du compte, j'ai pas mal kiffé :) Mais de là à dire merci au chien, quand même pas ! Nico, si tu me recois, pardon d'avoir touché à ton oeuvre ...

Abri bois 2 fév 17

Abri bois 3 fév 17

Abri bois 4 fév 17

Abri bois 5 fév 17

Abri bois 6 fév 17

Or donc, ce petit mois de repos, n'a pas été de tout repos. Nous sommes un  peu désorientés et nous sommes un groupe. D'où une conjonction de tendances contradictoires. Quand je suis seul et livré à moi-même, je tourne en rond et je regresse vers ce que la vie à de plus essentiel et de primaire (qui suis-je, où vais-je, pourquoi erre-je tant ?). Quand je suis en groupe, comme vu lors d'un poste précédent, j'ai tendance à me refugier dans les stratégies connues même quand elles sont insatisfaisantes (mater des films, boire des coups...).

Il va de soi que tout ce blabla n'est pas très divertissant, mais d'une certaine manière, comme le fil conducteur "perma couture" n'a jamais vraiment existé dans le réel, c'est l'expérience grandeur nature sur nous même qui devient l'objet principal de ce voyage. En effet, notre fameux slogan a très vite été relégué à un plan accessoire tant le quotidien nous a absorbé. Nous avons dû faire preuve de pas mal de résilience, pouvons-nous en déduire que nous sommes un système social permaculturel réussi ? Peut-être :)

Comme je ne vais pas vous raconter ce que je bois, je vais plutôt me pencher sur ce à quoi se réduit mon existance quand rien n'est disponible pour la remplir. Car il s'agit bien de cela, quand l'ennui gagne et que je suis incapable de trouver l'inspiration, ni la motivation seul. C'est le fait de le ressentir comme un problème qui est malheureux, car faire les choses sans but, c'est simplement profiter du moment présent.

Mon rêve lointain est de me retrouver avec mon terrain pour y construire mon lieu. Mais ai-je la culture de ce genre de vie ? La réponse est implacable, c'est non ! Pour ne pas se perdre dans notre reflexion voici une définition  neutre de ce qu'est une culture : "La culture est l'ensemble des connaissances, des savoir-faire, des traditions, des coutumes, ou normes propres à un groupe humain, à une civilisation."

Le fruit de ma recherche, qui n'est en rien une lamentation, est que je ne me reconnais d'aucune culture et que c'est sans doute mon souci vital le plus déroutant. Je ne suis pas paysan, je ne connais pas le rythme et la succession des saisons en milieu rural, je ne suis pas citadin, le ville me stress et me met en colère. Je n'appartient à aucun groupe auquel je pourrai me conformer. Je n'ai pas la culture de l'expression artistique, ce qui me fait cruellement défaut ... Oui, le désoeuvrement à fait ressortir le déraciné qui est en moi pendant un temps que j'aurai pu consacrer à la méditation ou au ressourcement, mais ce n'est pas ma culture non plus. Même si des ouvertures vers ces domaines ont taillés des brèches dans mon monde désolé. Une culture ne s'acquière pas (à part quand elle est générale :), c'est elle qui vous adopte !

Et là, il y a un gros souci selon moi. Nos enfants sont prêts de nous tout le jour et nous voit sans but. Quelle culture leur transmettons nous ? Sans doute aucune, si ce n'est celle de la contestattion. Genre, votre projet de société ne nous intéresse pas, mais on ne fait rien à la place ... Ca coince !

Quel est mon moteur ? Mes initiatives sont orientées par ce que je sais que l'autre attend de moi. Je suis le meilleur des assistants, mais je ne serai jamais un bon porteur de projet ! Je n'ai pas le sens de l'objectif à atteindre que prodigue l'appartenance à une culture donnée.

J'ai pas mal lu aussi pendant ce mois. Les abeilles, l'écoconstruction, les greffes ... que du manuel technique, j'ai une vie trépidante ;) Mais parmi ces lectures, j'ai terminé "Le concept du continuum" de Jean Liedloff. Ledit concept est une intuition de l'auteure qui est tellement simple et efficace, que revisiter son existence au travers de ce filtre est une aventure absolument effrayante. Autant du point de vue de sa propre enfance que de celle que nous proposons à notre progéniture.

L'approche scientifique n'est pas très recevable. L'auteure généralise en partant d'observations sur une seule tribu primitive au sein de laquelle elle à pu vivre un certain temps. Dans les points négatifs, certains de ses exemples sont un peu navrants. Mais ce n'est pas grave, l'important est le voyage proposé.

En gros, un bébé en naissant a un certain nombre d'attentes instinctives multi millénaires sur ce qui va se passer. L'une d'elle est qu'il sera au chaud et en sécurité. Ses manques seront comblés immédiatement par une mère qui sait ce qu'elle fait. Il apprendra comment le monde fonctionne depuis les bras de sa mère ou de celui qui en à la charge. Le résultat étant, selon ses observations, un enfant souple, ouvert et sachant ce que l'on attend de lui. Un enfant capable de se prendre en charge très tôt. Etant un être sociable et positif, il se conformera aux attentes de son endo-groupe, comme une partie d'un tout. 

Dans la société et la culture moderne occidentale, les bébés sont délaissés, mangent de la merde en boite et sont livrés à l'angoisse quand un manque les fait souffrir et que l'on croit salutaire de les laisser pleurer de désespoir, seuls. Le résultat est aux antipodes du bébé primitif, à savoir un enfant raide, caractériel et ne sachant pas du tout où se situe sa place ; Un enfant inapte à vivre ses envies, sa curiosité, dépendant et gauche ...

C'est un résumé rapide et bien sur je ne vais pas généraliser, mais il y a comme une petite leçon à prendre sur l'origine de notre société à la con et sur nos valeurs et priorités idiotes. Ne pas écouter son instinct dans son rapport à son bébé, c'est comme le priver de sa capacité à vivre sa propre vie dans la joie et la sérénité.

C'est l'un des phénomènes que l'on peut observer au travers d'expériences comme celle que nous vivons depuis 6 mois. On sort de sa zone de sécurité volontairement et là on se rend compte à quel point il est difficile de se réapproprier sa vie, de briser les multiples chaînes qui nous maintiennent dans un état d'aliénation permanent dont certaines personnes n'ont même pas idée. Car un conditionnement vraiment réussi est celui qui prive l'individu de sa capacité à remettre en question.

Pour ma part, j'ai toujours tout remis en question. Mais ça n'est pas ma culture pour autant, tout au plus un trait de caractère plus ou moins fatiguant pour mes proches,.Je ne fais parti d'aucun réseau de contestation ou de réflexion et suis incapable d'y entrer. Je me sens comme un étranger parmi eux. Je vais donc poursuivre mon cheminement personnel vers l'acceptation de soi et la sincérité et peut-être qu'au bout du chemin, mon groupe d'appartenance m'attend pour me faire découvrir ma culture, celle que j'ai depuis toujours mais que je n'ai jamais su discerner.

On part vers perpignan dans les prochains jours ...

 

Bise,

Pierre