Voici 5 mois que nous sommes sur la route. 5 mois d'aventures, de découvertes, de rencontres, d'apprentissages..Mais aussi 5 mois de non-stabilité, de vie chez l'autre, de sans-cesse réajustements, d'émotions positives comme négatives..

Je dois dire que je ne suis pas une grande voyageuse, et je reste ravie d'avoir trouvé en moi les ressources qui m'ont permis de me dépasser en quelque sorte. Mais tout comme, je ne savais pas que la France était aussi montagneuse (pas trop branchée Géo la fille !! ), je ne savais pas non plus qu'un voyage c'était pareil : des creux, des bosses, des vertiges parfois..

Nous sommes installés pour un mois à la Cledelle, et tout ce temps libre laisse de la place pour penser, réfléchir mais aussi pour discuter avec Pierre et les kids. Du coup remontent en bloc, un max d'interrogations..

Les enfants d'abord. J'oscille entre confiance totale lorsque je les entends apprendre par coeur, pour jouer, les noms des animaux du monde en latin, lorsqu'ils me parlent avec passion de la reproduction des batraciens ou encore lorsqu'ils s'intéressent et débatent de ce monde qui nous gouverne..et frayeur absolue lorsqu'ils s'insultent à tout va ou qu'ils choquent nos hôtes par leur franc-parler et leur manières de petits facochères à table.

Ne pas mettre les gars à l'école et choisir les libres apprentissages sont des idées que j'ai choisi avec Pierre. Mais je dois dire que je suis plus anxieuse que lui sur ces sujets. Peut-être ai-je moins confiance en mes enfants ? Ou que je gère moins bien de sortir des sentiers battus..

Lors du Nouvel an, nous avons passé 2 jours ici à la Cledelle et dans l'assemblée, sur les 4 enfants présents (en plus des deux nôtres), une seule était scolarisée...Ce fût l'occasion de discuter un peu avec d'autres parents et enfants non sco. Et de constater que les enfants ne paraissaient pas "en retard par rapport à la norme", ils étaient éveillés, curieux, pas toujours diplomates (mais c'est plutôt rassurant je trouve). Des enfants quoi.

Puis se pose aussi le problème du temps que nous  consacrons à Hurlu et Berlu. Ici, durant ce mois de pause, nous avons tout le temps de ménager des ateliers avec eux, de faire des ballades, de discuter, de faire des jeux...Mais lorsque nous sommes en wwoofing et que nous bossons toute la journée, j'ai l'impression de les laisser dans une salle d'attente. S'ajoute à cela que nous laissons deux petits mecs dans un logement que l'on nous prête, avec tout ce que cela implique. L'épisode de la re-décoration de la maison de Marie et Norbert avec le jeu "labo crado" m'a bien refroidie et j'ai du mal à ne pas stresser lorsque je laisse les deux zozos seuls dans une maison qui n'est pas la mienne....

Si l'éducation d'un enfant se veut comme un compagnonnage, j'ai parfois l'impression d'être un bien piètre maitre...

A cela s'ajoute mes propres questionnements sur mon petit moi. La couture passion des passions dans ma vie, ne trouve plus grâce à mes yeux. Je couds pratique mais pas créatif. Je couds parce que j'ai des missions, mais pas parce que cela me chatouille les doigts et le ventre.

Ces 5 mois sont comme une grossesse un peu difficile, et je me demande de quoi j'accoucherai au terme de ce voyage. Wwoofer demande une grande capacité d'adaptation, de l' humblitude et beaucoup d'énergie. Je pensais avoir les 3 en réserve. Mais parfois je sens le stock se vider. L'hiver n'est pas ma saison, et je m'efforce de ne pas l'oublier, mais le découragement me saisit régulièrement.

Arriver dans un nouveau lieu, faire connaissance, adopter la culture du tout petit pays qui nous accueille, est en soi une aventure magnifique. Etre accueilli par des personnes totalement inconnues qui vous ouvre grand les portes de leur maison n'est qu'amour de l'autre. Pourtant, je me sens souvent toute petite, je ne trouve pas comment me placer, comme si l'autre était en fait un ennemi. Cette impression me laisse honteuse et je mets toujours plusieurs jours avant de me défaire et de ma honte et de ma peur. Pour ce faire, il n'y a d'autre solution que de se plonger dans l'autre. Le découvrir, lire et comprendre son langage, entrer dans son intimité...

En préparant ce voyage, je n'ai pas tenu compte du fait qu'à chaque wwoofing, nous entrerions dans une famille, un couple, une communauté..avec ses codes et ses valeurs. Mais aussi dans l'émotif des gens, dans leur sphère intime..

Un des buts de ce voyage pour moi était la fuite de cette intimité. Une pause dans mon cerveau "émotions", c'est raté pour le coup :)

Et la question des questions, que vais-je faire au terme de ce voyage ? ..

Une chose est certaine cette année de wwoofing sera aussi le voyage intérieur le plus intense que je n'ai jamais vécu !

Schmutz !!

Ed :)